30 octobre 2010

Bulletin Septembre 2010

LES RUES DU GUATEMALA ET LE MOJOCA
Septembre 2010

Chères amies, chers amis des filles et garçons de la rue,

Depuis des semaines de silence, dû à des problèmes de santé qui m’ ont fait retarder
mon voyage au Guatemala, je vous envoie la première lettre, non de la rue, mais
sur la rue. Je suis quotidiennement en contact avec le Mojoca par courriel ou skype,
surtout avec les jeunes du Comité de gestion, avec les départements d’ administration
et de comptabilité, avec la maison des jeunes femmes et enfants. Nora, qui devait
m’ accompagner au Guatemala pour un mois, y est allée seule et a fait un bon travail de
supervision et de formation.

PLUIES TORRENTIELLES DEPUIS DEUX MOIS.

Des tempêtes tropicales, des pluies torrentielles depuis au moins deux mois, sont en
train de causer des ravages incalculables, glissements de terrain qui ensevelissent des
dizaines de personnes, destruction de tronçons de routes intercontinentales qui rendent
les communications impossibles. Et comme toujours, les plus atteints sont les pauvres.
Beaucoup de Quetzalitas et beaucoup de jeunes sont en danger, ceux qui vivent dans
des conditions précaires avec leurs enfants, souvent dans des baraques construites au
bord d’ un ravin dans un des nombreux bidonvilles de la capitale.

Beaucoup d’ enfants sont avec leur mère dans un hôpital public misérable pour une
bronchopneumonie et il y a environ un mois, un enfant de cinq ans qui vivait dans la
Maison du 8 mars avec sa mère Myriam et sa petite sœ Mishell, est mort à l’ hôpital
ur
général Saint Jean de Dieu.

DES BANDES CRIMINELLES ONT LE CONTRÔLE DE ZONES DE PLUS EN
PLUS ÉTENDUES DU TERRITOIRE.

Comme dans les années de la guerre civile au Salvador il y avait les zones
libres contrôlées par la guerilla, le Guatemala a de plus en plus de zones et de
quartiers « libres » dominés par des bandes de délinquants et où l’ armée et la police
n’ osent pas entrer. C’ est le cas du « Limón », quartier périphérique de la zone 18, où
j’ ai vécu dix ans dans la maison de mon grand ami Piero Nota. Piero fut contraint il y
a quelques années, de retourner en Italie avec la famille qui vivait avec lui parce que,
après des menaces sans effet, les narcotrafiquants ont fait irruption dans la maison,
les contraignant à l’ exil. Leur travail avec les jeunes leur enlevait de la main d’ œ
uvre.
Beaucoup de nos jeunes vivent au Limón ou dans des quartiers et bidonvilles dans des
conditions dangereuses. Les prix pour louer une ou deux chambres sont plus bas parce
que les gens s’ enfuient et les commerces ferment.

ON A ASSASSINE ERIKA

On l’ appelait « la Lapine ». Elle avait été la compagne d’ un des chefs d’ une mara plus
cruelle qui, de la prison, continuait ses activités criminelles. Elle avait eu un fils de lui.
Puis, elle est entrée à la maison des filles où elle avait fait des progrès spectaculaires.
Elle travaillait comme assistante cuisinière. Elle a eu un second fils ; le premier était
jaloux, ne mangeait plus et régressait. La mère a tenté de résoudre les problèmes de

la manière forte. Quelques-uns ont proposé de la punir, mais au contraire, avec Naty,
nous lui avons expliqué les raisons du comportement de son fils et conseillé une façon
différente de le traiter. Elle l’ a fait et en peu de temps, la situation avait radicalement
changé, mère et fils ont vécu le moment le plus beau, je pense, de leur vie.

Ensuite, elle a trouvé un autre compagnon et ils sont allés vivre tous les quatre dans
une chambre louée. Après une brève lune de miel, ont commencé les problèmes, les
coups, la drogue. Ils se sont séparés et elle est retournée à la rue. Elle avait conservé
des liens avec l’ ex-compagnon des maras. Elle a été arrêtée et incarcérée. Libérée, elle
est retournée à la même vie après avoir confié ses enfants à un juge qui les a enfermés,
pauvres petits, dans une institution où nous n’ avons pas le droit d’ aller leur rendre
visite. Leur futur est incertain, entre l’ adoption ou la rue.

Puis la conclusion tragique de la vie brève d’ Erika, retrouvée assassinée jeudi dernier.
Des sentiments divers m’ étreignent, la douleur de la perte d’ une personne chère, qui a
vécu avec nous dans notre maison et le goût amer de la défaite parce que je n’ ai pas,
nous n’ avons pas été capables de les sauver, elle et ses enfants. Nous avons encore
beaucoup à apprendre sur l’ aide à donner à qui sort de prison et qui fait souvent peur
à cause de ses liens avec les maras. Nous avons encore beaucoup à apprendre pour
donner la priorité à qui en a le plus besoin.

FINALEMENT, L’ ENTREPRISE DU MOJOCA VA DEMARRER ; ELLE
S’ APPELLERA PROBABLEMENT « ATELIERS SOLIDAIRES ».

Son but est de donner du travail aux filles et garçons sortis de la rue ou qui veulent en
sortir, à partir de nos ateliers de boulangerie, pâtisserie, cuisine et couture. Et, si c’ est
possible, nous voudrions faire des bénéfices pour subventionner les autres activités du
Mojoca. C’ est depuis 2007 qu’ on en parle et depuis 2008 qu’ on cherche le moyen de la
réaliser. Nous avons dû nous résoudre à l’ échec des programmes de micro-entreprises
et de réinsertion professionnelle et une association italienne a proposé une subvention
pour cette initiative.

L’ initiative n’ était pas facile : il fallait trouver des personnes capables de monter une
entreprise avec des jeunes non habitués à travailler et trouver la voie qui permette à une
association non lucrative de le faire. Ce fut l’ objet de la première réunion du Conseil
d’ Administration dès mon arrivée au Guatemala avec Nora. J’ ai demandé à Mirna Cute
qui a étudié dans une faculté d’ administration d’ entreprise, si elle voulait se charger de
la responsabilité de l’ entreprise et elle s’ est montrée immédiatement intéressée.

Mais les temps n’ étaient pas mûrs. Tout fut bloqué en août 2008 avec les tentatives
d’ extorsion et les menaces de mort contre plusieurs d’ entre nous et le renom de
l’ administratrice du moment. Beaucoup avaient peur, quelques-uns pensaient à
démissionner. Ce n’ était pas le moment pour de nouvelles initiatives.
Il fallait rassurer en prenant des mesures de sécurité, continuer les activités existantes,
trouver une nouvelle administratrice. Tout cela se passait pendant que se reconstruisait
la maison de la treizième rue et que les activités étaient dispersées dans différents
endroits.

Il a fallu presque deux ans pour trouver le moyen qui nous permette d’ émettre des
factures. Après une étude attentive, nous avons écarté l’ idée de société anonyme ou
personnelle parce qu’ elle aurait donné à d’ autres l’ entreprise du Mojcoa et aussi la
coopérative parce qu’ il était impossible pour nous d’ avoir les conditions requises par la

loi. D’ autres propositions ont été refusées par le Bureau des Recettes et finalement nos
réviseurs de comptes ont obtenu la permission d’ émettre des factures pour les produits
de nos ateliers sans perdre notre statut d’ association non lucrative exempte d’ impôts.

En août de cette année, Patty Garcia, qui était la responsable des ateliers, des
micro-entreprises et de la réinsertion professionnelle, a renoncé à son travail. Les
circonstances étaient favorables pour relancer la proposition de confier à Mirna la
responsabilité des ateliers solidaires, ce dont je n’ avais cessé de parler avec elle durant
les deux dernières années. Nora a su saisir ce moment favorable pour proposer à
nouveau cette idée.
Mirna commence son nouveau travail ce 16 septembre J’ espère qu’ elle pourra
atteindre de façon raisonnable les objectifs de son contrat, dans un climat d’ amitié et de
collaboration avec tout le Mojoca. A elle et à tout le Mojoca, mes vœ affectueux de
ux
réussite.

AUTRES CHANGEMENTS.

Melina Garcia a été nommée à la Maison du 8 mars, au poste de Mirna. Elle est jeune
mais très appréciée par les filles et par les enfants de la maison et je pense qu’ elle
travaillera en harmonie avec Naty et contribuera au développement de la maison. Mes
vœ affectueux aussi pour elle et pour toute la communauté des filles.
ux

Nous préparons d’ autres changements pour le début de l’ année 2011.

Les progrès considérables de notre école avec trois nouveaux instituteurs – on prévoit
au moins dis fois plus de promotions que l’ année dernière – sont la preuve qu’ il faut
avoir le courage d’ accomplir les changements nécessaires.

LES LECONS D’ UNE CHUTE.

Les problèmes de santé, conséquences d’ une chute que j’ ai faite début juin, rendent plus
nécessaire que jamais la participation de tous, au Guatemala, en Italie et en Belgique.
J’ espère avoir le temps nécessaire pour former les cadres du Mojoca. Des personnes
expertes au niveau international comme Ellen, Verryt de « Solidarité Mondiale »
ou dirigeants d’ ONGs locales ou de syndicats, apprécient beaucoup notre présidente
pour sa vision de la société, sa capacité à élaborer des comptes-rendus descriptifs et
d’ élaborer des projets. Elle montre aussi des dons de médiatrice, comprend bien notre
projet. Son expérience de la vie de la rue lui donne une grande sensibilité sociale. Notre
psychologue a fait de grands progrès dans son travail professionnel et est une bonne
formatrice. Malheureusement, la seconde psychologue, Patty Morales, nous quitte ; elle
se marie et va vivre au Pérou. Elle a très bien travaillé avec les Mariposas et a réussi
à faire parler de leurs problèmes les enfants qui ont subi des violences sexuelles. Le
secteur de la comptabilité est efficace ; la secrétaire travaille de manière excellente. Les
nouveaux instituteurs sont très bons et, qui plus qui moins, tous les jeunes du Comité
de gestion se sont responsabilisés davantage. Toutes et tous commettent des erreurs,
doivent s’ améliorer mais ma vision du personnel est positive.
Mais plus que jamais, chères amies et chers amis, les filles et les garçons de la rue et du
Mojoca ont besoin de votre amitié pour réaliser leurs rêves.

Je vous embrasse cordialement,

Gérard

Posté par sundreen à 08:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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